Pascal Blanchet

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Pascal Blanchet

Message par Manu temj le Ven 16 Fév - 17:09

Je vous remets là la chronique que je viens de transmettre à Bubulle sur les albums de Pascal Blanchet auquel - je crois - le vocable "style retro" peut s'appliquer... Dans une certaine mesure...

Pour démarrer la discussion...

J’ai découvert Pascal Blanchet il y a quelques mois avec La Fugue, petit album à l’esthétique très soignée et très référencée, qui – portant sur un sujet sans originalité particulière : retour sur la vie d’un homme au derniers instants de son existence – parvenait pourtant à distiller une émotion discrète et se refermait avec l’agréable impression d’avoir eu entre les mains un livre rare et délicat.
Je me suis demandé comment, faisant le choix d’un dessin par page et d’un graphisme exigeant, ouvertement référencé sur les standards publicitaires des années 1940-1960, Pascal Blanchet était parvenu à aller au-delà du simple « beau livre original » et à ajouter cette élégante touche émotionnelle. La correspondance trop évidente entre l’esthétique de l’album et le ton musical-jazzy de la vie du personnage principal ne suffisait pas. Les mêmes dessins, répartis plus classiquement sur une ou deux planches auraient au mieux donné l’impression d’un sympathique travail expérimental publiable dans n’importe quelle bonne revue de bande dessinée, mais guère plus. La clé m’a plus semblé résider dans le temps de lecture de cet album. Le choix d’un dessin par page impose un rythme de lecture particulier, suite d’instantanés, métronome à la fois d’une existence (celle qui nous est narrée), d’une lecture (qui ne se balaye pas d’un regard, mais se positionne dans le temps de feuilletage du livre) et d’une musique (qui accompagne l’une et l’autre). L’exigence de déchiffrage du dessin ajoutait à cette cadence, obligeant le lecteur à s’arrêter sur chaque dessin, à chaque page, à comprendre et faire sienne les étapes de la vie du personnage. Plus que du dessin, l’émotion naissait alors de ce rythme particulier, nous offrant le temps de rejoindre celui de nos propre souvenirs et d’entrer en résonance avec le récit.

En prenant en main Rapide Blanc on se dit alors qu’il s’agit presque du même objet : même parti-pris graphique et éditorial (papier, tons, trait…). Naturellement on s’attend au même mécanisme, à la même émotion… Il n’en est rien, l’émotion n’est pas au rendez-vous… Déception ? Certainement pas ! Parce qu’il me semble que la similitude entre les deux livres n’est qu’une apparence, vite balayée par la lecture. Pascal Blanchet a réussi le tour de force, en utilisant la même base graphique et la même mécanique de mise en page (un dessin par page) à jouer sur un tout autre registre.
Cette fois l’auteur s’amuse avec son propre graphisme. Admettant ses références, il donne dans la mise en abyme et en use pour évoquer l’époque dont elles proviennent. Ce qu’il nous propose - en se basant sur l’histoire édifiante d’une éphémère ville champignon (Rapide Blanc) dont l’âge d’or s’étendit sur les années 40-60 – c’est un témoignage photographique de l’American way of life du New Deal. L’effet page à page n’est plus celui d’un métronome, mais celui d’un catalogue d’instantanés. L’auteur nous emmène feuilleter un vieux numéro du magazine Life, avec ses successions de photos noir et blanc à gros grain et de publicités dessinées, de maisonnettes en bois avec jardinet et barrière blanche, de décapotables imposantes et de jeunes femmes heureuses, lunettes, foulard et jupe courte. Pendant les deux tiers du livre, Pascal Blanchet nous immerge dans ses références – qui sont aussi les nôtres sur cette époque – et pousse la mise en abyme jusqu’à représenter les publicités pour Coca Cola ou évoquer les catalogues de fournitures (réfrigérateurs, postes de radio ou automobiles…). Il nous plonge dans cette époque et le lecteur se love confortablement dans cette image de bonheur consumériste qu’on nous vante encore régulièrement.
Et puis, en quelques pages, la chute est brutale. La ville de Rapide Blanc est liquidée, les maisons se vident en quelque mois, le rêve américain n’est plus qu’un décor de cinéma, sa profonde futilité se révèle comme une évidence. Tout ça n’était que du vent, une illusion proposée par des marchands, la vraie vie est ailleurs. Le constat est même poussé jusqu’au grotesque, le brochet mythique de la rivière locale avale la clé de la dernière maison. La boucle est bouclée.
Ce n’est pas un récit émotionnel, c’est bien un témoignage historique, même politique qui nous est donné à voir. (et dont la résonnance est certainement plus forte pour un québécois, mais je ne suis pas en position d'en juger...)
La petite faiblesse de l’album, Pascal Blanchet la concède peut-être tout de même dans ces dernières pages où il semble tenter, l’espace de trois ou quatre dessins, de revenir à l’émotionnel en se concentrant sur les couples laissant leur maison, le prêtre fermant son église… Il faut bien reconnaître que ça ne fonctionne pas bien, parce que pas véritablement amené par ce qui précède.

Le lecteur attentif des nouveautés est en plus invité – par concours de circonstances - à une vertigineuse mise en parallèle avec La Jungle de Peter Kuper. En deux très belles lectures, la chaîne Production-Consommation est bouclée… La dureté implacable de l’une en écho de la futilité de l’autre. Belle claque !

Manu temj

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Re: Pascal Blanchet

Message par helmut le Ven 16 Fév - 17:51

Manu, le peuple -un peu feignant- réclame des visuels !

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Re: Pascal Blanchet

Message par Manu temj le Ven 16 Fév - 18:06

Il faut savoir être bon avec le peuple... même si c'est un ramassis de feignasses qui a perdu le goût de l'effort ! La preuve... tous nos politiciens le disent !

Alors tu vas en trouver là :

http://klarelijninternational.midiblogs.com/archive/2007/01/28/rapide-blanc-une-oeuvre-majeure.html

Et là :

http://www.bedeka.org/rapide-blanc-par-pascal-blanchet.htm

par exemple...

Manu temj

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Re: Pascal Blanchet

Message par Manu temj le Ven 16 Fév - 18:09

Et là, tu as même une photo du jeune homme !

http://www.bedeka.org/pascal-blanchet-dans-la-presse.htm

Et pour le Kuper, tiens, je te mets ça (tu fers bien un tiot effort de traduction...) Very Happy

http://www.time.com/time/columnist/arnold/article/0,9565,724358,00.html

Manu temj

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