Le coin à Manu Temj
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Le coin à Manu Temj
Et ben quoi, après tout !
Je viens de taper ce fameux mail de fin d'année à mon entourage pour leur lister mes meilleures lectures BD, alors puisqu'on m'accusait mesquinement hier encore
d'avoir tendance à ne donner que dans le négatif, je vous le met en copie, vous verrez bien qu'il y a plein de choses que j'adore !
Allons-y, cette année BEAUCOUP de très bonnes choses (et encore j'ai du faire quelques sacrifices), vous n'allez pas manquer de choix !
D'abord des belles histoires à lire et offrir sans craintes de décevoir...
Paul à la Pêche de Michel Rabagliatti aux éditions La Pastèque : le cinquième volume de la charmante vie québécoise de Paul, le héros plus ou moins autobiographique de Michel Rabagliatti, qui découvre d'album en album la vie d'adulte, puis la vie de couple. Beaucoup de fraîcheur (l'accent et les expressions québécoises en plus) et de sensibilité dans ce bouquin qui - comme son nom de l'indique pas - ne traite pas principalement de la technique de la pêche à la mouche, mais d'un sujet beaucoup plus grave et intime (que je ne vous dévoilerais pas de peur de casser l'intérêt du livre).
Trois Ombres de Cyril Pedrosa aux éditions Delcourt : Encore un sujet familial très dur (la perte d'un enfant du point de vue du père) traité avec infiniment de talent sur le mode d'un conte moderne. Une grande et belle aventure père-fils sur fond de drame à venir (les deux quittent la maison familiale pour un dernier périple ensemble à la recherche des racines familiales, l'occasion de prendre le large et de rencontrer une galerie de personnages hauts en couleur), ponctuée de quelques planches d'anthologie qui m'ont véritablement scotché. Une vraie bonne bande dessinée tout public comme on aimerait en lire plus.
Le Journal d'un remplaçant de Martin Vidberg aux édition Delcourt aussi : le témoignage autobio d'un jeune instit remplaçant confronté pendant une année à une classe d'enfants "difficiles". Intéressant et plaisant à lire avec un graphisme "patates" pour le moins inattendu.
RG tome 1 - Riyad sur Seine de Frédéric Peeters et Pierre Dragon chez Gallimard : Si je vous dis que Frédéric Peeters est actuellement l'auteur qui m'impressionne le plus ça ne va pas beaucoup vous avancer. Cette fois-ci il s'essaye au polar réaliste (adapté du témoignage réel d'un ancien des RG) mais parvient à s'approprier les clichés du genre pour leur apposer sa patte sensible et intime. Maîtrisé de bout en bout, touchant, simplement humain et c'est déjà énorme.
Les Vaincus de Frantz Duchazeau chez Dargaud : La chute de l'empire Inca face aux Espagnols vue à hauteur d'homme et du côté des vaincus. Une nouvelle manière de faire de la bande dessinée historique servie par un fabuleux dessin noir et blanc. Angoissé, noir, la défaite d'un monde et d'une illusion comme si vous y étiez. Un des bouquins de l'année !
Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill de Emile Bravo et Jean Regnaud chez Gallimard Jeunesse : Attention là encore : PETITE MERVEILLE ! Comment faire une bande dessinée pour tous les publics (en particulier les plus jeunes) parlant de la mort d'un parent, tout en parvenant à être drôle, touchant et juste, sans oublier de satisfaire les puristes en se posant en digne héritier des meilleurs auteurs franco-belges ? Lisez ça et demandez la recette à Emile Bravo !
Chroniques Birmanes de Guy Delisle chez Delcourt : Depuis plusieurs bouquins Guy Delisle raconte ses séjours successifs en Asie. Cette fois-ci il accompagne sa femme (médecin humanitaire) en Birmanie et mène pendant quelques mois une vie de père au foyer dans une des pires dictatures de la planète. Un témoignage très agréable à lire, souvent instructif, très souvent très drôle, qui donne une idée assez précise de cette vie d'expat' toujours un peu en décalage de la réalité.
Le Roi des Bourdons (5 tomes) autoédité par David de Thuin : Un jeune homme sauve de la noyade un bourdon piégé dans un seau et se retrouve équipé de super-pouvoirs, de là découle toute une histoire, simple et systématiquement à contre-pied de ce à quoi on s'attend. Une mini série réalisée à compte d'auteur qui s'est conclue cette année en apothéose. Le dernier volume, sobrement intitulé "épilogue" éclaire l'ensemble de l'histoire (déjà remarquable de bout en bout) d'un jour totalement nouveau et vous met K.O. pour le compte !!! (Les plus curieux achèteront aussi La Colère dans l'eau du même auteur, un petit livre coup de poing qui vaut aussi vraiment le coup !)
Là où vont nos pères de Shaun Tan aux éditions Dargaud : Livre magnifique, de grandes planches sépia, sans le moindre texte et pourtant une parabole splendide sur l'émigration et l'installation dans un pays inconnu. Une ode humaniste et optimiste qui fait du bien.
Île Bourbon 1730 de Lewis Trondheim et Appolo chez Delcourt : L'île de la Réunion aux derniers jours de son occupation par les flibustiers. Ce qui s'annonce comme une grande aventure historique classique se révèle rapidement être une chronique de fin d'époque très réaliste, avec son cortège de désillusions mais aussi ses opportunités de repartir vers une autre vie. Certains ont été déçus de ne pas pouvoir se mettre sous la dent une grosse belle histoire de corsaires, pour ma part j'ai vraiment adoré cette manière d'aborder sans fards une période historique "creuse" et méconnue.
Pour ceux qui voudraient un peu de bande dessinée asiatique (manga, manhwa et autres manwas)...
J'en ai moins lus cette année, sans doute ai-je manqué de curiosité pour cette catégorie. Mais quand même...
Massacre au pont de NonGuRi de Park Kun Wong aux éditions Vertige Graphic : un pavé (plus de 600 pages) pour raconter un épisode mal connu en Europe de crime de guerre perpétré par les Américains pendant la guerre de Corée. Un dessin presque naïf pour un récit terrifiant !
Amer Béton de Tayou Matsumoto aux éditions Tonkam : Matsumoto est certainement un des auteurs de mangas les plus audacieux et les plus intéressants qui soient. Amer Béton c'est l'histoire urbaine, sèche et dure de deux gamins des rues, inséparables et complémentaires, qui survivent par la violence dans un monde d'adultes, de bandes, de gangs et de yakuzas. L'enfance est un des sujets favoris de l'auteur, qui en propose une vision très originale et très forte dans ce bouquin comme dans ses autres oeuvres que vous pourrez acheter les yeux fermés quand celle-ci vous aura (forcément) plue.
Pour ceux qui lorgneraient plutôt du côté des comic-books
C'est moins ma spécialité mais cette année je crois qu'il faut quand même lire...
Batman Année 100 de Paul Pope aux éditions Panini : on dit que Paul Pope est un des auteurs les plus prometteurs de la nouvelle école américaine. Ce Batman là n'est pas loin de le confirmer : nerveux, prenant, noir comme du Miller, exhubérant comme du Geoff Darrow, illustré au pinceau avec presque autant de maîtrise que les du Jean-Claude Forest ou du Blutch. Une démonstration à marquer d'une pierre noire dans la saga Batman.
Pour ceux qui préféreraient découvrir des chefs d'oeuvres de l'histoire de la bande dessinée réédités cette année :
On est très gâtés en ce moment en matière de réédition de chefs-d'oeuvre, il faut en profiter !
Dropsie Avenue de Will Eisner chez Delcourt : Will Eisner fait partie du cercle très fermé des peut-être 5 ou 10 auteurs les plus importants de l'histoire de la bande dessinée mondiale (rien moins !) et Dropsie Avenue est peut-être son meilleur livre. L'histoire passionnante et racontée avec un talent stratosphérique d'une rue du Bronx de sa création à la fin du XXème siècle, au rythme des affaires de famille, de voisinage et des vagues d'immigration. Vous ne connaissez pas Will Eisner ? Bon sang ! Qu'est-ce que vous attendez ?
Mes problèmes avec les femmes et Mister Nostalgia (réédition) de Robert Crumb aux éditions Cornélius : Comment, vous ne connaissez pas Crumb non plus ? En plus de faire partie du même petit cercle des demi-Dieux que Will Eisner, Robert Crumb se paye le luxe d'être une des figures phares de la contre-culture des années 60-70 (au même titre que Jack Kerouac ou Janis Joplin genre...). Héros de l'époque sex, drug and sex and drug, Crumb revient régulièrement sur cette période et sur ce qu'elle a fait de lui, parfois avec nostalgie, parfois avec aigreur, souvent avec audace et toujours avec génie ! Sex, drug et Jazz Nouvelle Orléans donc...
Pour ceux qui ne craindraient pas de découvrir une bande dessinée un peu plus pointue (intello, prise de tête, snob, d'auteur, c'est au choix...) :
Le chat du kimono de Nancy Penà aux éditions La Boîte à Bulles : Nancy Penà c'est le pont parfait entre la bande dessinée grand public et la bande dessinée d'auteur. Un talent incroyable, un dessin précieux et élégant, des bouquins qui ne ressemblent à aucun autres, vraiment un(e) jeune auteur(e) très très au-dessus du lot. Nancy Penà aime les contes de fée astucieux, en même temps vieillots et actuels. Celui-ci est encore très réussi.
Faire semblant c'est mentir de Dominique Goblet aux éditions L'Association : Il a fallu 12 ans à Dominique Goblet pour terminer son livre, trouver la force de mettre en image sa relation avec son père, violent et oppressant, sa relation de couple qui se défait peu à peu dans les non-dits et les infidélités. Un livre intime, beau, et triste.
L'Eléphant de Isabelle Pralong aux éditions Vertige Graphic : Que diriez-vous si à quarante ans on vous appelait pour vous annoncer que votre père - que vous n'avez jamais connu - est allongé dans un hôpital, sur son lit de mort, et que votre présence est requise ? C'est ce que raconte Isabelle Pralong, avec son dessin très sec, peu engageant, et pourtant... c'est un livre où la peur de l'autre laisse place à l'appaisement, plein de douceur et de compréhension. La découverte de sentiments inconnus ou refoulés, juste avant qu'il ne soit trop tard... Très très beau récit.
J'ai tué Géronimo de Cédric Manche et Loo Hui Phang aux éditions Atrabile : Deuxième volet d'une trilogie, mais dont les histoires sont liées par un fil très ténu et peuvent donc tout à fait se lire seul, J'ai tué Géronimo raconte l'histoire d'une jeune femme, perdue à Hollywood dans les années 40, qui se fait passer pour une star à laquelle elle ressemble vaguement. Un récit précieux et très intelligent qui parle avec justesse des faiblesses humaines.
38, rue Youssef Semaani de Abichared aux éditions Cambourakis : Un joli petit objet, tout en longueur, proposé dans une élégante pochette translucide. Un joli livre en forme de triptyque, à volets multiples, qui présente les habitants d'une pension de famille à Beyrouth. Une curiosité orientale, piquante et sucrée, à déguster comme une pâtisserie fine.
Moi je, et caetera... de Aude Picault aux éditions Warum : la suite de Moi je... du même auteur, que vous pouvez acheter en même temps... Un petit bouquin très épuré, chronique de la vie quotidienne d'une jeune femme, célibataire, souvent amoureuse, souvent déçue. Beaucoup de talent et de charme dans les bouquins de cette autre jeune auteuse qui promet et qui se paye le luxe de faire parfois penser à Sempé par la simplicité et l'élégance de son trait.
Je viens de taper ce fameux mail de fin d'année à mon entourage pour leur lister mes meilleures lectures BD, alors puisqu'on m'accusait mesquinement hier encore
Allons-y, cette année BEAUCOUP de très bonnes choses (et encore j'ai du faire quelques sacrifices), vous n'allez pas manquer de choix !
D'abord des belles histoires à lire et offrir sans craintes de décevoir...
Paul à la Pêche de Michel Rabagliatti aux éditions La Pastèque : le cinquième volume de la charmante vie québécoise de Paul, le héros plus ou moins autobiographique de Michel Rabagliatti, qui découvre d'album en album la vie d'adulte, puis la vie de couple. Beaucoup de fraîcheur (l'accent et les expressions québécoises en plus) et de sensibilité dans ce bouquin qui - comme son nom de l'indique pas - ne traite pas principalement de la technique de la pêche à la mouche, mais d'un sujet beaucoup plus grave et intime (que je ne vous dévoilerais pas de peur de casser l'intérêt du livre).
Trois Ombres de Cyril Pedrosa aux éditions Delcourt : Encore un sujet familial très dur (la perte d'un enfant du point de vue du père) traité avec infiniment de talent sur le mode d'un conte moderne. Une grande et belle aventure père-fils sur fond de drame à venir (les deux quittent la maison familiale pour un dernier périple ensemble à la recherche des racines familiales, l'occasion de prendre le large et de rencontrer une galerie de personnages hauts en couleur), ponctuée de quelques planches d'anthologie qui m'ont véritablement scotché. Une vraie bonne bande dessinée tout public comme on aimerait en lire plus.
Le Journal d'un remplaçant de Martin Vidberg aux édition Delcourt aussi : le témoignage autobio d'un jeune instit remplaçant confronté pendant une année à une classe d'enfants "difficiles". Intéressant et plaisant à lire avec un graphisme "patates" pour le moins inattendu.
RG tome 1 - Riyad sur Seine de Frédéric Peeters et Pierre Dragon chez Gallimard : Si je vous dis que Frédéric Peeters est actuellement l'auteur qui m'impressionne le plus ça ne va pas beaucoup vous avancer. Cette fois-ci il s'essaye au polar réaliste (adapté du témoignage réel d'un ancien des RG) mais parvient à s'approprier les clichés du genre pour leur apposer sa patte sensible et intime. Maîtrisé de bout en bout, touchant, simplement humain et c'est déjà énorme.
Les Vaincus de Frantz Duchazeau chez Dargaud : La chute de l'empire Inca face aux Espagnols vue à hauteur d'homme et du côté des vaincus. Une nouvelle manière de faire de la bande dessinée historique servie par un fabuleux dessin noir et blanc. Angoissé, noir, la défaite d'un monde et d'une illusion comme si vous y étiez. Un des bouquins de l'année !
Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill de Emile Bravo et Jean Regnaud chez Gallimard Jeunesse : Attention là encore : PETITE MERVEILLE ! Comment faire une bande dessinée pour tous les publics (en particulier les plus jeunes) parlant de la mort d'un parent, tout en parvenant à être drôle, touchant et juste, sans oublier de satisfaire les puristes en se posant en digne héritier des meilleurs auteurs franco-belges ? Lisez ça et demandez la recette à Emile Bravo !
Chroniques Birmanes de Guy Delisle chez Delcourt : Depuis plusieurs bouquins Guy Delisle raconte ses séjours successifs en Asie. Cette fois-ci il accompagne sa femme (médecin humanitaire) en Birmanie et mène pendant quelques mois une vie de père au foyer dans une des pires dictatures de la planète. Un témoignage très agréable à lire, souvent instructif, très souvent très drôle, qui donne une idée assez précise de cette vie d'expat' toujours un peu en décalage de la réalité.
Le Roi des Bourdons (5 tomes) autoédité par David de Thuin : Un jeune homme sauve de la noyade un bourdon piégé dans un seau et se retrouve équipé de super-pouvoirs, de là découle toute une histoire, simple et systématiquement à contre-pied de ce à quoi on s'attend. Une mini série réalisée à compte d'auteur qui s'est conclue cette année en apothéose. Le dernier volume, sobrement intitulé "épilogue" éclaire l'ensemble de l'histoire (déjà remarquable de bout en bout) d'un jour totalement nouveau et vous met K.O. pour le compte !!! (Les plus curieux achèteront aussi La Colère dans l'eau du même auteur, un petit livre coup de poing qui vaut aussi vraiment le coup !)
Là où vont nos pères de Shaun Tan aux éditions Dargaud : Livre magnifique, de grandes planches sépia, sans le moindre texte et pourtant une parabole splendide sur l'émigration et l'installation dans un pays inconnu. Une ode humaniste et optimiste qui fait du bien.
Île Bourbon 1730 de Lewis Trondheim et Appolo chez Delcourt : L'île de la Réunion aux derniers jours de son occupation par les flibustiers. Ce qui s'annonce comme une grande aventure historique classique se révèle rapidement être une chronique de fin d'époque très réaliste, avec son cortège de désillusions mais aussi ses opportunités de repartir vers une autre vie. Certains ont été déçus de ne pas pouvoir se mettre sous la dent une grosse belle histoire de corsaires, pour ma part j'ai vraiment adoré cette manière d'aborder sans fards une période historique "creuse" et méconnue.
Pour ceux qui voudraient un peu de bande dessinée asiatique (manga, manhwa et autres manwas)...
J'en ai moins lus cette année, sans doute ai-je manqué de curiosité pour cette catégorie. Mais quand même...
Massacre au pont de NonGuRi de Park Kun Wong aux éditions Vertige Graphic : un pavé (plus de 600 pages) pour raconter un épisode mal connu en Europe de crime de guerre perpétré par les Américains pendant la guerre de Corée. Un dessin presque naïf pour un récit terrifiant !
Amer Béton de Tayou Matsumoto aux éditions Tonkam : Matsumoto est certainement un des auteurs de mangas les plus audacieux et les plus intéressants qui soient. Amer Béton c'est l'histoire urbaine, sèche et dure de deux gamins des rues, inséparables et complémentaires, qui survivent par la violence dans un monde d'adultes, de bandes, de gangs et de yakuzas. L'enfance est un des sujets favoris de l'auteur, qui en propose une vision très originale et très forte dans ce bouquin comme dans ses autres oeuvres que vous pourrez acheter les yeux fermés quand celle-ci vous aura (forcément) plue.
Pour ceux qui lorgneraient plutôt du côté des comic-books
C'est moins ma spécialité mais cette année je crois qu'il faut quand même lire...
Batman Année 100 de Paul Pope aux éditions Panini : on dit que Paul Pope est un des auteurs les plus prometteurs de la nouvelle école américaine. Ce Batman là n'est pas loin de le confirmer : nerveux, prenant, noir comme du Miller, exhubérant comme du Geoff Darrow, illustré au pinceau avec presque autant de maîtrise que les du Jean-Claude Forest ou du Blutch. Une démonstration à marquer d'une pierre noire dans la saga Batman.
Pour ceux qui préféreraient découvrir des chefs d'oeuvres de l'histoire de la bande dessinée réédités cette année :
On est très gâtés en ce moment en matière de réédition de chefs-d'oeuvre, il faut en profiter !
Dropsie Avenue de Will Eisner chez Delcourt : Will Eisner fait partie du cercle très fermé des peut-être 5 ou 10 auteurs les plus importants de l'histoire de la bande dessinée mondiale (rien moins !) et Dropsie Avenue est peut-être son meilleur livre. L'histoire passionnante et racontée avec un talent stratosphérique d'une rue du Bronx de sa création à la fin du XXème siècle, au rythme des affaires de famille, de voisinage et des vagues d'immigration. Vous ne connaissez pas Will Eisner ? Bon sang ! Qu'est-ce que vous attendez ?
Mes problèmes avec les femmes et Mister Nostalgia (réédition) de Robert Crumb aux éditions Cornélius : Comment, vous ne connaissez pas Crumb non plus ? En plus de faire partie du même petit cercle des demi-Dieux que Will Eisner, Robert Crumb se paye le luxe d'être une des figures phares de la contre-culture des années 60-70 (au même titre que Jack Kerouac ou Janis Joplin genre...). Héros de l'époque sex, drug and sex and drug, Crumb revient régulièrement sur cette période et sur ce qu'elle a fait de lui, parfois avec nostalgie, parfois avec aigreur, souvent avec audace et toujours avec génie ! Sex, drug et Jazz Nouvelle Orléans donc...
Pour ceux qui ne craindraient pas de découvrir une bande dessinée un peu plus pointue (intello, prise de tête, snob, d'auteur, c'est au choix...) :
Le chat du kimono de Nancy Penà aux éditions La Boîte à Bulles : Nancy Penà c'est le pont parfait entre la bande dessinée grand public et la bande dessinée d'auteur. Un talent incroyable, un dessin précieux et élégant, des bouquins qui ne ressemblent à aucun autres, vraiment un(e) jeune auteur(e) très très au-dessus du lot. Nancy Penà aime les contes de fée astucieux, en même temps vieillots et actuels. Celui-ci est encore très réussi.
Faire semblant c'est mentir de Dominique Goblet aux éditions L'Association : Il a fallu 12 ans à Dominique Goblet pour terminer son livre, trouver la force de mettre en image sa relation avec son père, violent et oppressant, sa relation de couple qui se défait peu à peu dans les non-dits et les infidélités. Un livre intime, beau, et triste.
L'Eléphant de Isabelle Pralong aux éditions Vertige Graphic : Que diriez-vous si à quarante ans on vous appelait pour vous annoncer que votre père - que vous n'avez jamais connu - est allongé dans un hôpital, sur son lit de mort, et que votre présence est requise ? C'est ce que raconte Isabelle Pralong, avec son dessin très sec, peu engageant, et pourtant... c'est un livre où la peur de l'autre laisse place à l'appaisement, plein de douceur et de compréhension. La découverte de sentiments inconnus ou refoulés, juste avant qu'il ne soit trop tard... Très très beau récit.
J'ai tué Géronimo de Cédric Manche et Loo Hui Phang aux éditions Atrabile : Deuxième volet d'une trilogie, mais dont les histoires sont liées par un fil très ténu et peuvent donc tout à fait se lire seul, J'ai tué Géronimo raconte l'histoire d'une jeune femme, perdue à Hollywood dans les années 40, qui se fait passer pour une star à laquelle elle ressemble vaguement. Un récit précieux et très intelligent qui parle avec justesse des faiblesses humaines.
38, rue Youssef Semaani de Abichared aux éditions Cambourakis : Un joli petit objet, tout en longueur, proposé dans une élégante pochette translucide. Un joli livre en forme de triptyque, à volets multiples, qui présente les habitants d'une pension de famille à Beyrouth. Une curiosité orientale, piquante et sucrée, à déguster comme une pâtisserie fine.
Moi je, et caetera... de Aude Picault aux éditions Warum : la suite de Moi je... du même auteur, que vous pouvez acheter en même temps... Un petit bouquin très épuré, chronique de la vie quotidienne d'une jeune femme, célibataire, souvent amoureuse, souvent déçue. Beaucoup de talent et de charme dans les bouquins de cette autre jeune auteuse qui promet et qui se paye le luxe de faire parfois penser à Sempé par la simplicité et l'élégance de son trait.
Re: Le coin à Manu Temj
Tiens ? Un nouveau voisin ! Ca construit à vitesse grand V décidément par ici...
Bon apparemment il faudra vraiment que je me décide à lire les deux Cédric Manche / Loo hui Phang moi, ça fait plusieurs fois que j'en entends du bien...
Et pis les Crumb aussi... et Amer Béton... et les Aude Picault... Grrrr... il a va être aussi agaçant que le premier voisin finalement ce nouveau voisin...
Bon apparemment il faudra vraiment que je me décide à lire les deux Cédric Manche / Loo hui Phang moi, ça fait plusieurs fois que j'en entends du bien...
Et pis les Crumb aussi... et Amer Béton... et les Aude Picault... Grrrr... il a va être aussi agaçant que le premier voisin finalement ce nouveau voisin...
Re: Le coin à Manu Temj
C'est vrai que ça urbanise sévère là ! 
Merci en tout cas Manu d'avoir soufflé le vent de l'enthousiasme pour tes lectures ! Ca fait un bien fou pour le positif lecteur que je suis !
Je n'ai pratiquement rien à redire sur l'ensemble que tu présentes, si ce n'est, c'est un comble pour moi, le petit bémol sur L'Ile Bourbon.
C'est vraiment un livre dont j'attendais plus. Surtout quand on sait qui est aux manettes, au scénar' comme au dessin !
Mais c'est en rien la qualité de l'ouvrage que je remets en cause, juste mon attente un peu déçue !
Pour Amer Béton, je ne suis pas vraiment parvenu à pénétrer l'univers de Matsumoto.
De même que dans Ping-Pong, il a le talent incroyable de rendre passionnant un truc qui s'annonçait pourtant des plus rasoirs, mais je n'ai pas réussi à m'accrocher plus que ça à son oeuvre...
Mais je pense que ça reste de très très bons mangas !
Et après, c'est festival ! Nancy Peña, Loo Hui Phang, Aude Picault ! Yee haa disent les cow-boys !
Et tu m'as donné l'envie définitive de lire le Goblet pour lequel j'hésitais encore...
Hmmm... Un bon coin de Noël !
Merci en tout cas Manu d'avoir soufflé le vent de l'enthousiasme pour tes lectures ! Ca fait un bien fou pour le positif lecteur que je suis !
Je n'ai pratiquement rien à redire sur l'ensemble que tu présentes, si ce n'est, c'est un comble pour moi, le petit bémol sur L'Ile Bourbon.
C'est vraiment un livre dont j'attendais plus. Surtout quand on sait qui est aux manettes, au scénar' comme au dessin !
Mais c'est en rien la qualité de l'ouvrage que je remets en cause, juste mon attente un peu déçue !
Pour Amer Béton, je ne suis pas vraiment parvenu à pénétrer l'univers de Matsumoto.
De même que dans Ping-Pong, il a le talent incroyable de rendre passionnant un truc qui s'annonçait pourtant des plus rasoirs, mais je n'ai pas réussi à m'accrocher plus que ça à son oeuvre...
Mais je pense que ça reste de très très bons mangas !
Et après, c'est festival ! Nancy Peña, Loo Hui Phang, Aude Picault ! Yee haa disent les cow-boys !
Et tu m'as donné l'envie définitive de lire le Goblet pour lequel j'hésitais encore...
Hmmm... Un bon coin de Noël !
Re: Le coin à Manu Temj
Et pour faire dans le concret avec Faire semblant c'est mentir, je vous propose de découvrir le travail de Goblet ici : http://www.dominique-goblet.be/publications/faire-semblant/presentation.htm

Re: Le coin à Manu Temj
Manu temj a écrit:
Amer Béton de Tayou Matsumoto aux éditions Tonkam : Matsumoto est certainement un des auteurs de mangas les plus audacieux et les plus intéressants qui soient. Amer Béton c'est l'histoire urbaine, sèche et dure de deux gamins des rues, inséparables et complémentaires, qui survivent par la violence dans un monde d'adultes, de bandes, de gangs et de yakuzas. L'enfance est un des sujets favoris de l'auteur, qui en propose une vision très originale et très forte dans ce bouquin comme dans ses autres oeuvres que vous pourrez acheter les yeux fermés quand celle-ci vous aura (forcément) plue.
Pour ceux qui préféreraient découvrir des chefs d'oeuvres de l'histoire de la bande dessinée réédités cette année :
On est très gâtés en ce moment en matière de réédition de chefs-d'oeuvre, il faut en profiter !
Je pinaille mais Amer Béton est aussi une réédition (et un chef d'oeuvre).
Sinon, c'est amusant la plupart de tes bd pointues (turlututu) sont faîtes par des femmes.
Re: Le coin à Manu Temj
Vous pourriez développer Amer Béton = Chef-d'oeuvre plize ?
Non pas que je conteste, mais j'aimerai savoir ce qui vous a atomisé dans ce triptyque. Pour voir ce que j'ai raté et aider d'autres lecteurs éventuellement à acquérir ces trois livres.
Non pas que je conteste, mais j'aimerai savoir ce qui vous a atomisé dans ce triptyque. Pour voir ce que j'ai raté et aider d'autres lecteurs éventuellement à acquérir ces trois livres.
Re: Le coin à Manu Temj
Chef-d'oeuvre je ne sais pas. Ça signifierait qu'Amer Béton surpasse en qualité le reste de l'oeuvre de Matsumoto et je ne suis pas certain que ce soit vrai. Sur le plan narratif Number 5 est plus audacieux encore, et Ping Pong est un tel modèle de maîtrise que tout ça est difficile à hiérarchisé.
Deux choses font à mon sens la grande force de Matsumoto particulièrement dans Amer Béton :
- D'un part sa capacité à s'extraire pour partie des figures imposées du manga pour y instiller une dose non négligeable d'occidentalité mais sans abandonner ses racines. Tout le monde a écrit sur cette première impression de proximité avec des gens comme Munoz ou Baudoin. Pourtant Matsumoto reste fondamentalement Japonais dans son approche narrative : par le rythme qu'il impose à ses scènes d'action, leurs ruptures systématiques en saccades, le traitement torturé du faciès de ses personnages, le recours fréquent aux plans rapprochés sur les visages, les mains, etc etc. Une voie de la "world BD" singulière, très aboutie et assez fascinante (bien plus que celle empruntée par Taniguchi par exemple).
- D'autre part, son approche de l'enfance. Matsumoto creuse les névroses et les angoisses enfantines (il n'est pas le seul), mais il réussit à en proposer une approche très positive (ses personnages sont toujours au bout du compte tous humains, fragiles et touchants) en refusant toute concession au "mignon", qu'il ne met jamais en avant (et là c'est rare, parce que c'est la voie de la facilité pour équilibrer tout discours sur l'enfance). Du coup, son propos est d'autant plus fort qu'il arrive à aller chercher ce "background" de tendresse naturelle chez le lecteur (l'enfant est petit, mignon, doux et simple forcément. Il a de grands yeux qui brillent et un zoli sourire) et l'oblige à "gérer" le conflit avec ce qu'il est en train de lire, sans qu'il soit jamais question de dire "regardez ces petites pestes comme je les déteste" (ce qui serait aussi un chemin facile).
Voilà, je ne sais pas si je suis très clair...
Deux choses font à mon sens la grande force de Matsumoto particulièrement dans Amer Béton :
- D'un part sa capacité à s'extraire pour partie des figures imposées du manga pour y instiller une dose non négligeable d'occidentalité mais sans abandonner ses racines. Tout le monde a écrit sur cette première impression de proximité avec des gens comme Munoz ou Baudoin. Pourtant Matsumoto reste fondamentalement Japonais dans son approche narrative : par le rythme qu'il impose à ses scènes d'action, leurs ruptures systématiques en saccades, le traitement torturé du faciès de ses personnages, le recours fréquent aux plans rapprochés sur les visages, les mains, etc etc. Une voie de la "world BD" singulière, très aboutie et assez fascinante (bien plus que celle empruntée par Taniguchi par exemple).
- D'autre part, son approche de l'enfance. Matsumoto creuse les névroses et les angoisses enfantines (il n'est pas le seul), mais il réussit à en proposer une approche très positive (ses personnages sont toujours au bout du compte tous humains, fragiles et touchants) en refusant toute concession au "mignon", qu'il ne met jamais en avant (et là c'est rare, parce que c'est la voie de la facilité pour équilibrer tout discours sur l'enfance). Du coup, son propos est d'autant plus fort qu'il arrive à aller chercher ce "background" de tendresse naturelle chez le lecteur (l'enfant est petit, mignon, doux et simple forcément. Il a de grands yeux qui brillent et un zoli sourire) et l'oblige à "gérer" le conflit avec ce qu'il est en train de lire, sans qu'il soit jamais question de dire "regardez ces petites pestes comme je les déteste" (ce qui serait aussi un chemin facile).
Voilà, je ne sais pas si je suis très clair...
Re: Le coin à Manu Temj
Non, c'est cool ! Et intéressant comme d'hab' !
Je crois que creuser les thèmes de l'enfance, du moins en débattre, pourrait nous prendre quelques mois minimum !
Je crois que creuser les thèmes de l'enfance, du moins en débattre, pourrait nous prendre quelques mois minimum !
Re: Le coin à Manu Temj
Après presque 3 mois de sevrage, qui m'a permis du coup de résorber mon retard de lecture (mais bien peu de coups de coeur), je reviens au "nouveautés" (relatives du coup).
Retour plaisant s'il en est grâce à la découverte de Exit Wounds de Rutu Modan, récemment récompensé à Angoulême :
Une histoire de vie comme je les aime, sans esbrouffe ni recours aux grosses ficelles genre "psychologie pour les nuls". Pourtant le sujet s'y prêterait : contexte politique israëlien, absence du père, rupture amoureuse, solitude, conflit familial, etc. Tout ce qu'il falait pour nous pondre un truc au choix braillard (genre Petites Eclipses ;o)), racolleur ou gentiment branchouille (du sous Dupuy et Berbérian genre...) et bien non !
C'est délicat, magnifique, brossé autour d'un personnage féminin formidable. Rutu Modan nous démontre à chaque page que transcrire la féminité en bande dessinée est possible dans tomber ni dans la facilité ni dans le libidineux à la sauce HF/SF, et que les presques riens qui construisent une relation amoureuse peuvent être montrés sans dégouliner de clichés rose bonbon. De la très très belle bande dessinée, virtuose derrière son apparente simplicité, adulte et mature dans la représentation des relations humaines.
Mon premier coup de coeur de 2008, vous l'aurez compris...
Retour plaisant s'il en est grâce à la découverte de Exit Wounds de Rutu Modan, récemment récompensé à Angoulême :
Une histoire de vie comme je les aime, sans esbrouffe ni recours aux grosses ficelles genre "psychologie pour les nuls". Pourtant le sujet s'y prêterait : contexte politique israëlien, absence du père, rupture amoureuse, solitude, conflit familial, etc. Tout ce qu'il falait pour nous pondre un truc au choix braillard (genre Petites Eclipses ;o)), racolleur ou gentiment branchouille (du sous Dupuy et Berbérian genre...) et bien non !
C'est délicat, magnifique, brossé autour d'un personnage féminin formidable. Rutu Modan nous démontre à chaque page que transcrire la féminité en bande dessinée est possible dans tomber ni dans la facilité ni dans le libidineux à la sauce HF/SF, et que les presques riens qui construisent une relation amoureuse peuvent être montrés sans dégouliner de clichés rose bonbon. De la très très belle bande dessinée, virtuose derrière son apparente simplicité, adulte et mature dans la représentation des relations humaines.
Mon premier coup de coeur de 2008, vous l'aurez compris...
Re: Le coin à Manu Temj
Je confirme à mon modeste niveau tout le plaisir que j'ai eu de lire cet excellent ouvrage.
D'une justesse incroyable, sur le fil ténu de sentiments si fortement enfermés... C'est bluffant !
D'une justesse incroyable, sur le fil ténu de sentiments si fortement enfermés... C'est bluffant !






