C’était un jour qui s’annonçait pluvieux.
Oui, malgré une situation généralement ensoleillée toute l’année, le temps n’était pas au beau fixe.
Comme si la météo était elle-même de mauvaise humeur.
Mais il m’en fallait plus que cette promesse de temps de breton pour renoncer à mon périple.
James était là, et la Tête X était venue spécialement pour moi, pour me la faire au carré.
C’est ainsi que déjouant les multiples pièges de mon périple, j’approchais de la nouvelle librairie antiboise. Habituellement, et historiquement, située dans la vieille ville, elle venait d’ouvrir ses nouveaux locaux en face du cinéma, avenue du 24 août.
Les plâtres séchaient, la peinture collait encore. Mais l’ensemble était lumineux.
C’est sûrement une des autres raisons des ces yeux mi-clos et assassins qui accueillaient par quelques grognements les groupies en délire de la maison Ottoprod.
Car c’est effectivement à la machette qu’il fallu se frayer un chemin parmi ces femmes nues qui bloquaient le passage dans des positions aussi lascives qu’explicites.
Les femmes réputées sulfureuses et fatales au sud ne démentaient aucunement le cliché.
Malencontreusement, je renversais un seau de matière blanche que je croyais être du plâtre.
Le libraire me lança un regard furieux et je comprenais que je venais de mettre en l’air autre chose.
Une de ces matières qui font rire et qui sont le garant d’une soirée réussie chez les VIP people de toute sorte. Ce seau était estampillé Soleil, c’était comme un signe.
Il y avait une forte agitation près de la table aux reflets de velours noble qui était destinée à accueillir les légendes que sont devenues ce duo que je préfère qualifier d’enfer que de dénum.
Je voyais quelques-uns de ces chasseurs de dédicaces affûtés comme pas deux se faire pourtant dans le pantalon. Mais les chasseurs les plus nobles, les plus forts, sont parfois devant la bête, devant leur chimère, et perdent tout moyen.
C’était le cas ce jour là aussi, surtout si on se fiait aux diverses auréoles brunâtres et liquides qui accompagnaient des excréments jonchant le sol.
Quand tout à coup, je vis un mouvement de foule accompagné de cris d’horreur.
Une giclée de sang barbouillait le mur blanc et fraîchement peint de la veille de la librairie.
La Tête X venait de déchiqueter d’un coup de dent rageur un lecteur des éditions Glénat qui tentait de lui faire partager son amour de la période années 80 de la vénérable maison d’édition.
Mais James n’était pas en reste.
Il venait de réduire à néant tout espoir de vivre à un jeune playboy, au look de Georges Clooney, équipé d’un magnifique portable rouge et blanc et qui avait la particularité de posséder l’intégralité des albums des Editions Soleil.
Le regard hagard, il déambulait dans les rayons bien achalandés de l’échoppe à la recherche de « Plates-bandes » pour le manger et tenter ainsi de réaliser son suicide par étouffement.
Alors que je m’apprêtais à les saluer courtoisement, James tentait de récupérer son feutre planté dans l’œil du fameux fan « Premier à Tarquin » et La Tête X eut un rictus de surprise.
Car il faut savoir que Marcel était avec moi. Oui.
Et, quelle surprise de taille il faut dire, La Tête X eut enfin quelqu’un de sa taille à qui parler.
Tous les espoirs étaient permis.
Frappés d’une migraine tenace, le duo magique eut besoin de se ravitailler en nicotine.
Ils sortirent donc sur une place ombragée, bercés par la douce mélopée d’un chanteur métis qui fredonnait les grands succès des Poetic Lovers.
Ragaillardis par la mastication de la dépouille de ce qui fut un éphémère chanteur des rues, ils repartaient vers leur table non sans avoir embrassé goulument une poignée de pétasses sorties directement de la fastueuse discothèque « La Siesta », haut lieu de la vie nocturne locale des VIP de supermarché.
Nous attaquions enfin le vif du sujet tant qu’ils avaient encore forme humaine et que la pleine lune ne faisait pas son apparition.
Après 2 ou 3 amabilités d’usage qui se soldèrent par un échange de coups, les compères vomirent leur café sur un tas de mangas pas encore rangés. Ils s’exclamèrent en chœur que c’était le meilleur papier essuie-tout qu’ils connaissaient.
Mais le temps passe vite en compagnie de telles stars et alors que leur forme déclinait, et que leurs pulsions les poussaient à sortir, il fallait accélérer nos échanges.
Coupé d’internet, ils refusèrent toute interview et je ne pouvais ainsi pas partager l’émotion de l’instant avec nos fidèles internautes.
Ceci dit, la tension était tellement forte, palpable et à couper au couteau qu’il m’aurait été difficile de faire autrement, à moins d'avoir accepter de mettre en péril ma vie de bon et responsable père de famille.
Nous avons eu la chance d’échanger quelques mots sur la ligne claire et… ce fut difficile de résister à la bourrasque de violence que ça déclencha.
Comme un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, je vous posterai dès ce soir leur avis pertinent sur la question.
Le libraire venait de diffuser en fond sonore une reprise d’Organize et nous les laissions terminer ces chairs alanguies qui leur était offertes. Quelques rugissements besogneux plus tard, nous étions heureux de sortir vivant du Comic Strip et nous partagions nos impressions.
Nous réalisâmes l’absence de Marcel mais nous fûmes rassurés quand La Tête X sortit en beuglant sur le pas de la porte et crachât en notre direction une espèce de petite forme mâchouillée et baveuse qui ressemblait fort à notre petit acolyte. C’était bien lui.
Nous venions de l’essuyer dans un demi kleenex et nous rentrions la tête pleine de souvenirs, des étoiles nous picotant les yeux, et avec le sentiment fort d’avoir eu la chance de rencontrer de telles stars.
Quel samedi mes amis !
